Laissez-passer

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 29 janvier 2011

Le musée secret de Simbala

Le guide

Depuis le 12 octobre 2009, Simbala Gandega, Malien de 28 ans, est en grève pour obtenir ses papiers. Il a occupé son entreprise, puis l'opéra Bastille et enfin, depuis octobre 2010, la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, Porte Dorée à Paris. Hier, les travailleurs sans-papiers ont trouvé porte close et une rangée de képis pour les empêcher de rentrer dans le musée. Mais pendant quatre mois, ils ont vécu dans ce bâtiment qui fut construit en 1931 pour l'exposition coloniale. Tout un symbole de réappropriation.

Le muséePour accéder aux collections permanentes, les grévistes bénéficient de laissez-passer gratuits. Sambala a visité le musée une fois. Chaque passage de cette collection le renvoie à un moment de sa vie : le départ "en aventure", le très long voyage jusqu'en Europe, l'arrivée, la lutte. Comme un miroir. Pour nous, Sambala se fait guide de musée, le temps d'une après-midi.

Ecouter la visite (5') :




jeudi 16 décembre 2010

Les «migrerrants» d’Afrique de l’Ouest

Quelles sont les conséquences de la politique migratoire européenne dans les pays du Sud ? Peu connue et difficile à étudier, cette question se voit apporter d’intéressantes réponses par un rapport de la Cimade. En février 2010, l’Association malienne des expulsés, alternatives espaces citoyens du Niger et l’association mauritanienne des droits de l’homme ont réalisé une enquête sur les conséquences des politiques migratoires européenne à la frontière Mali-Mauritanie.

La conclusion de cette enquête de terrain est sans appel : en sous-traitant sa politique migratoire à des pays tiers, l’Union européenne se rend responsable de graves violations des droits fondamentaux, notamment dans les zones frontalières désertiques inaccessibles aux regards de la société civile. Refoulements, violences, clandestinité, enfermement jalonnent le parcours des candidats à l’émigration.

Lire la suite...

lundi 12 avril 2010

A Bamako, le violent retour à la case départ de Siabou le gréviste

Siabou Diaberra, dans les rues de Bamako ©Marie Barbier

Autour du vendeur de cigarettes, des tabourets de fortune ont été posés sur la terre battue. Sous une chaleur étouffante, une dizaine de jeunes bamakois discutent autour d’une tasse de thé brûlant. Dans un pays où l’on n’ose même plus calculer le taux de chômage, les jeunes, forcés à l’inactivité, passent le temps comme ils peuvent. L’un d’entre eux ne parle pas beaucoup. Siabou Diaberra ne connait pas ce quartier de Bamako, ni ses habitants. Il est arrivé dix jours plus tôt, expulsé après huit longues années en France. Déposé comme un colis dans une ville où ne vit que sa « grande famille », des parents éloignés qui l’ont recueilli en attendant qu’il ait les moyens de rentrer dans son village, à plusieurs centaines de kilomètres.

Le verbe rare, Siabou Diabera n’est pas un revendicatif. Il ne crie pas au scandale. Mais énonce les faits. Gréviste sans papiers engagé dans le mouvement de lutte pour obtenir une circulaire de régularisation, il a été expulsé vers le Mali le 21 février dernier. Dans les locaux de l’Association malienne des expulsés (AME), en périphérie de Bamako, il montre une affiche des cercles des silences : le photographe Olivier Jobard y a pris sur le vif deux policiers embarquant de force, sur la passerelle d’un avion, un sans papiers, jambes scotchés, porté comme un paquet. « Ils m’ont fait ça ». Il baisse les yeux, regarde ses mains. Des cicatrices noires strient ses poignets, stigmates de ses menottes trop serrées.

Lire la suite...

lundi 8 mars 2010

Des femmes maliennes contre l’excision

RENCONTRE. Dans un pays où 85% des femmes sont excisées, des voix s’élèvent pour exiger l’arrêt de cette pratique. Rencontre avec une militante de la première heure.

Kadidia Sidibé ©Marie Barbier

Mannequin en plâtre ©Marie Barbier

Un mannequin en plâtre, avec organes génitaux féminins interchangeables, l’accompagne partout. C’est grâce à lui que Kadidia Sidibé explique aux villageois les méfaits de l’excision. Elle appelle un chat un chat et parle avec un naturel déconcertant d’orgasme féminin dans un pays où l’excision atteint des records : selon la dernière enquête gouvernementale (2006), 85% des maliennes de 15 à 49 ans sont excisées. « A mon âge, je peux dire ce que je veux, les anciens m’écoutent » s’amuse cette femme de 66 ans. Pourtant le nom de son association, tout en longueurs et en euphémismes, en dit long sur le tabou de lutter contre cette pratique dans un pays come le Mali : Kadidia Sidibé est présidente de l’association malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles (AMSOPT), une ONG indépendante qui fonctionne grâce à des partenariats avec des associations comme l’Unicef ou Equality now.

Lire la suite...

vendredi 5 mars 2010

Le désespoir des expulsés du soir

Mahamadou Keita à l'aéroport Bamako-Sénou ©Marie BarbierChaque jour, Mahamadou Keita, de l’Association malienne des expulsés (AME), se rend à l’aéroport Bamako-Sénou. Impossible de savoir à l’avance si des « reconduits » seront dans l’avion. Donc Keita assure une présence tous les soirs. Théoriquement, l’avion Paris-Bamako d’Air France atterrit à 20h50, mais, récemment, les vols ont eu beaucoup de retards, notamment à cause des intempéries en France. Ca le faire rire, Keita, que son emploi du temps dépende de la météo française.

Lire la suite...

jeudi 4 mars 2010

Ces Bamakois qui ont « fait Paris »

Bagagerie ©Marie BarbierDepuis trois jours que je suis à Bamako, une expression revient souvent : « Lui, il a fait Paris ». Cette phrase est dite avec un mélange de respect et de jalousie. En France, on a fait 14-18 ou l’Algérie ; ici les anciens combattants reviennent de la capitale française. La plupart meurtris, blessés, traumatisés d’avoir donné tant de temps et de sueur pour être ensuite renvoyés au Mali, menottes aux poings, comme des délinquants.

Lire la suite...

vendredi 26 février 2010

« Bon retour à Bamako ! »

L'aventure malienne commence au 103, rue la Fayette à Paris. Tous les matins, dès 8 heures, les 1300 intérimaires sans papiers en grève se réunissent dans le sous-sol de cette agence Manpower pour faire le point sur leur lutte : nombre de Cerfa récupérés (promesses d'embauche), entreprises contactées, argent collecté... Après quatre mois de lutte, leur détermination est incroyable.

Je n'y suis pas pour un reportage, mais pour une prise de contacts. Je pars au Mali dimanche : association malienne des expulsés, excision ou anciens combattants, il y a de quoi dire et écrire. J'aimerais aussi parler de la grève des travailleurs sans papiers en France, savoir comment elle est perçue dans ce pays d'où sont originaires la très grande majorité des grévistes. Pour cela, il me faut trouver des familles à Bamako qui accepteront de me parler.

Les grévistes se montrent d'abord réticents. « Ca se passe pas comme ça au Mali, tu peux pas débarquer chez les gens que tu connais pas, m'explique l'un d'eux. Il faudrait que tu y ailles avec quelqu'un ». Aïe, ça commence mal. Méfiants, ils voudraient savoir ce que j'attends d'eux. J'explique : «6000 travailleurs sans papiers sont actuellement en grève en France. Si on retire les chinois qui sont 700, ceux qui restent sont essentiellement Maliens. Il y a donc quelque 5000 Maliens qui ont lancé, en France, une grève inédite. Je voudrais savoir comment ce mouvement est perçu au Mali. Les médias en parlent-ils ? Qu'en pensent les familles ?»

Rassurés et même flattés, les numéros de téléphones bamakois pleuvent. Celui-ci à un grand frère, celui-là sa femme, lui sa soeur. En partant, tous me gratifient d'un grand sourire et d'un « Bon retour à Bamako ! »

mercredi 30 décembre 2009

Un sage chez les sans-papiers

PORTRAIT. Hier, ouvrier chez Renault Billancourt, aujourd'hui travailleur intérimaire sans papiers exploité, Le vieux Doucouré occupe depuis deux mois l'ancien Hôtel Majestic, à Paris.

le vieux Doucouré Doucouré, jeune Carte d'identité consulaire

Reportage sonore* (4') :



Avec mille précautions, il étale sur la table des documents jaunis. Pour un sans-papiers, Doucouré ne manque pas de paperasse : carte d’identité consulaire, certificat de formation professionnelle, attestation de visite médicale, déclarations d’impôts... Sur les photos d’identité en noir et blanc des années 70, un jeune malien de vingt ans à la coupe afro, tout juste débarqué à Paris, vous sourit. Quarante ans plus tard, Doucouré a le même sourire généreux ; un collier de barbe blanche orne désormais son visage. A 61 ans, il est le doyen des 6000 travailleurs sans papiers en grève depuis la mi-octobre pour obtenir une circulaire de régularisation. « Dans la culture africaine, la parole des anciens est très respectée, il est le sage », explique Maryline Poulain, de l’association Autremonde, qui soutient de mouvement. Le comité des délégués CGT l’a nommé coordinateur du mouvement, un titre honorifique qui en dit long sur son aura.

Lire la suite...

mardi 29 décembre 2009

Deux maîtres-chiens sans papiers de la SNCF en grève de la faim

Quatorze mois de lutte et rien. Pas un bout de papier en vue. Depuis octobre 2008, Boubacar Diarra et Sekou Bah se battent, avec trente-six autre maîtres-chiens sans papiers de la SNCF, pour obtenir leur régularisation. Les autres ont reçu la précieuse carte de séjour; eux rien. Pourtant, comme leurs anciens collègues, ces deux Maliens, âgés respectivement de 33 et 28 ans, travaillaient depuis des années pour Vigimak, sous traitant de la SNCF chargés d’assurer la sécurité dans plusieurs gares parisiennes. Leur action collective avait permis de lever le voile sur des conditions de travail indignes : cumulant plusieurs services, ces maîtres-chiens travaillaient jusqu’à trente jours par mois pour un salaire d’environ 900 euros.

Lire la suite...

mardi 22 décembre 2009

A Ménilmontant, en attendant l'évacuation

Devant l'agence d'intérim, lundi matin


REPORTAGE. «Dès matin bonne heure là, faut pas s’énerver.» Ibrahim Ndiaye, délégué des travailleurs sans papiers de Multipro, tente de calmer les esprits déjà bien échauffés en ce lundi matin. La secrétaire de l’agence d’intérim ne l’écoute pas, trop occupée à crier. Outre les trente-cinq grévistes, une trentaine de membres du comité de soutien se sont donné rendez-vous devant l’agence pour y attendre le patron. Ce dernier, «en déplacement», ne viendra pas. La secrétaire : «Je ne parlerai qu’au délégué CGT». «Je suis délégué Solidaires» répond Sébastien Chatillon. «Moi aussi je suis solidaire, mais je veux parler à la CGT» réplique la furie !

Lire la suite...

vendredi 23 octobre 2009

A Plus Net, les sans-papiers "plein de joie"

Devant l'entreprise à Montreuil, en avril 2009361 jours de grève. Vendredi dernier, lorsqu’ils sont convoqués à la préfecture, les grévistes sans papiers de Plus Net affichent à leur compteur une longue et difficile année de lutte. 361 jours et autant de nuits à occuper leur entreprise de nettoyage, à Montreuil, (Seine-Saint-Denis) pour exiger de leur patron qu’il paye la taxe indispensable à leur régularisation. Pourtant, ces vingt-cinq travailleurs répondent aux critères définis par la circulaire ministérielle de janvier 2008 permettant la régularisation par le travail. Il a fallu un an d’une lutte acharnée pour que ce droit leur soit enfin appliqué.

tignous.jpgVendredi dernier, donc, la préfecture leur a remis un titre provisoire de séjour de trois mois, avec autorisation de travailler, première étape avant la délivrance d’une carte de séjour. «Maintenant, on va pouvoir enfin travailler dans la dignité et la sérénité», se réjouit Arouna Traoré, le délégué des grévistes (lire son portrait ici).

Lire la suite...

jeudi 20 août 2009

À bout de papiers

PORTRAIT. Il est d’une ethnie dont le nom signifie « ceux qui refusent d’être dominés ». Arouna Traoré, malien bambara, occupe depuis dix mois son entreprise pour obtenir une régularisation.

Lire la suite...

vendredi 19 juin 2009

Le chemin de croix de Moïse

PORTRAIT. Un comportement nerveux dans les jours précédents l'incendie. D'après son avocate, Mylène Stambouli, cette nervosité constitue le seul élément à charge contre Moïse Diakité, l'un des dix mis en examen suite à l'incendie du centre de Vincennes. Nerveux, on le serait à moins : ce 21 juin 2008, ce Malien de 35 ans est depuis trois jours en rétention où il n'a rien à faire : père de sept enfants français nés en France, il est tout simplement inexpulsable…

Lire la suite...

mardi 3 mars 2009

Modibo Sissoko, expulsé "comme un animal" vers le Mali

Il a le souffle court, parle lentement. Gêné. Depuis une semaine, Modibo Sissoko est de retour à Bamako, capitale du Mali, après vingt ans d’absence. Il souffle : "J’ai rien ici. Je connais pas." Et s’inquiète : "Comment je vais récupérer mes affaires qui sont restées en France ?". À quarante et un ans, cet homme a vécu autant à Paris qu’à Bamako. Arrivé en 1989 en France, il a travaillé pendant vingt ans dans le bâtiment. Plusieurs fois licencié parce que sans papiers, il avait néanmoins obtenu de son dernier employeur une promesse d’embauche, indispensable à sa demande de régularisation par le travail. Rendez-vous était fixé en préfecture le 12 mars.

Lire la suite...

lundi 16 février 2009

Garba Sangaré, 50 ans, travailleur jetable

REPORTAGE. Il sort de sa cellule les yeux fatigués, surpris de trouver, en pleine nuit, un député au milieu du centre de rétention du Palais de justice de Paris. Seuls ses cheveux poivre et sel trahissent son âge : Garba Sangaré a 50 ans, dont dix-neuf passés en France. Sans-papiers, arrêté le 3 février, il sait qu'il doit être expulsé par le vol Air France Paris-Bamako ce dimanche à 16h40. Jean-Pierre Brard, député de Montreuil (Seine-Saint-Denis) apparenté PCF, exerce son droit de visite parlementaire, pour l'assurer de son soutien. Il est un peu moins d'une heure du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, quand il s'assoit face à Garba Sangaré : "Monsieur, j'ai été informé que vous risquiez d'être expulsé demain. Je suis intervenu pour vous auprès du préfet et du ministre de l'Immigration. On va tout faire pour vous sortir de là".

Jean-Pierre Brard utilise son droit de visite parlementaireManifestation nocturne pour libérer M. Sangaré

Le député à la sortie du dépôt Le compte-rendu de la visite

Lire la suite...

- page 1 de 2