Erwan s’avance vers la barre avec calme. Ce jeune kossovar de 17 ans est cité comme témoin dans le procès de l’enfermement des enfants étrangers. Les applaudissements sont proscrits («ce n’est pas un spectacle»), l’ambiance studieuse. Depuis neuf heures, ce samedi, experts et témoins défilent devant ce tribunal d’opinion (1).
Erwan, dont la famille, sans-papiers, vit traquée en France depuis neuf ans, s’interroge, après son passage en centre de rétention : « Je ne savais pas quoi dire à mon petit frère. Comment expliquer à un enfant de six ans qu’il est enfermé dans une cage ? ».
En 2009, 13 000 étrangers sont passées
par une zone d'attente en France. La plupart dans l'indifférence générale.
L'histoire de Fatoumata est donc une histoire banale : une femme qui veut
rendre visite à sa famille mais qui, pour un papier oublié, est enfermée une
semaine en zone d'attente avant d'être refoulée. Une histoire qui sort de
l'ombre parce que le cinéaste Laurent Chevallier, beau-frère de Fatoumata, a
décidé de la raconter. Récit d'une humiliation d'Etat.