"Ils ne peuvent pas nous ouvrir le cœur pour vérifier qu’on est amoureux"
Par Marie Barbier le lundi 11 mai 2009, 07:00 - Solidarité - Lien permanent
PORTRAIT. Avec son teint de porcelaine, ses grands yeux pas tout à fait sortis de l’enfance et son sourire franc, Jennifer Chary n’a pas vraiment un look de criminelle. Pourtant cette jeune femme de 22 ans est convoquée ce matin au tribunal de grande instance de Dijon pour « aide à l’entrée et au séjour irréguliers ». Sous le coup du désormais fameux article L.622-1 du code des étrangers, elle risque cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. Son crime ? Avoir hébergé son fiancé, sans-papiers.
Elle sait
qu’elle est devenue une icone. Une preuve vivante des mensonges et inhumanités
du ministre de l’Immigration Eric Besson. Depuis la sortie du film
Welcome il y a deux mois, Eric Besson ne cesse de répéter que le délit
de solidarité est un « mythe » et que « jamais personne n’a été
poursuivi ou condamné pour avoir hébergé, pris en stop, donné à manger à un
clandestin en situation de détresse ». Or le ministre ment. Effrontément. Le
Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) a publié (1) une
trentaine de noms de personnes poursuivies et condamnées. Contredit, le
ministre a répliqué avec une rare violence, qualifiant la crédibilité du Gisti
de « proche de zéro ». Fera t-il de même avec Jennifer Chary ?
Jennifer Chary rencontre M’Hamed Naimi à l’été 2008. Divorcée depuis peu, élevant seule une petite fille, elle est alors serveuse dans un bar de nuit. A 23 ans, lui est en France depuis deux ans et travaille au noir dans le bâtiment et la restauration. Les deux jeunes gens tombent amoureux, il lui avoue qu’il est en situation irrégulière. Aucune importance, lui répond-elle avec l’assurance des amours débutantes. Leur vie suit son cour. La petite fille de Jennifer appelle M’Hamed « Papa ». Mi-février, les deux amoureux déposent un dossier de mariage à la mairie de Dijon. « On ne voulait pas se marier pour régulariser sa situation, précise Jennifer. Mais pour fonder une famille. Si on avait su comment ça aller tourner, on ne l’aurait jamais fait ».
Car dès lors, tout s’accélère. « Un fonctionnaire zélé de la mairie a cru bon de transmettre notre dossier à la préfecture » accuse Jennifer. Le vendredi 13 mars, ils sont convoqués à l’hôtel de police. Un avocat leur déconseille fortement de s’y rendre ensemble. Elle s’y présente donc seule et subit quatre heures d’interrogatoire où elle doit détailler le type de sous-vêtements de son fiancé et leurs rapports sexuels. Un policier lui lâche : « vous risquez gros » et lui remet sa convocation au tribunal. Le dimanche soir, M’Hamed passe la nuit chez son témoin de mariage. Il est réveillé par huit policiers, venus l’interpeller (Jennifer se demande encore comment ils ont pu savoir où il se trouvait). Le jeune homme est rapidement transféré au centre de rétention de Lyon. Il y rencontre la Cimade qui le met en contact avec les Amoureux au ban public, association qui vient en aide aux couples mixtes, soutien précieux pour Jennifer. Car pendant ce temps, la fiancée remue ciel et terre pour tenter d’empêcher le pire. « C’est à nous de prouver que ce n’est pas un mariage blanc, mais comment ? s’interroge-t-elle encore. Ils ne peuvent pas nous ouvrir le cœur pour vérifier qu’on est amoureux… » Le 3 avril, huit jours avant son mariage, M’Hamed Naimi est expulsé vers le Maroc.
On dit qu’un malheur ne vient jamais seul. Jennifer Chary en est l’exemple même tant sa vie semble sorti d’un roman d’Emile Zola. Enfant d’une espagnole et d’un marocain, Jennifer a quatre mois quand sa mère la laisse devant la porte de son père. Ce dernier la garde un an, avant de l’abandonner comme pupille de la nation. Elle grandit entre foyers et familles d’accueil. A 16 ans, son père refait surface : il lui a trouvé un mari, de dix ans son aîné. Pendant quatre ans, cet homme va lui faire vivre l’enfer : tabassages en règles, tentatives de meurtres, etc. Bilan : un an d’hospitalisation et quatre fausses couches. De ces expériences, Jennifer garde une force de caractère peu commune pour une jeune fille de son âge. Elle dit : « M’Hamed, c’est moi qui l’ai choisi, personne d’autre. Je veux faire ma vie avec lui. Je l’aime ». Quitte à en payer le prix : depuis l’expulsion de son compagnon, Jennifer cherche désespérément du travail. Après sa médiatisation, on lui a répondu qu’on n’embauchait pas les compagnes de sans-papiers.
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Commentaires
les clandestins qui s'incrustent et tombent amoureux c'est quand même du foutage de gueule, qu'elle aille épouser son Roméo et vivre avec lui quelque temps au Maroc.
ce pays n'a pas de léçons a donné en matière de droits de l'homme,se marier à un(e) étranger(ère) en france rélève du parcours du combattant.son crime est devant elle...aimer un étranger!
je ne vois pas la différence entre la france et l'afghanistan, les deux méprisent les droits de l'homme...bon courage mademoiselle j'aurais voulu dire madame, mais le duo sarko-besson a brisé tes rêves mais saches que l'amour est plus fort que tout!
Pour M'Hamed, avoir travaillé 2 ans dans le bâtiment et la restauration (comme Jennifer) est une incontestable preuve de courage et de sérieux...Fiancés depuis 1 an, avec déjà une petite fille qui les a adoptés : Itou. Et...
...C'est avec un ferme sourire que les représentants de la justice française devraient pouvoir conseiller aux tourtereaux de vite installer un nid commun pour leur 1er anniversaire !
Réponse dès demain peut-être avec un sourire général attendu.
Amicalement à l'intransigeante amie de M
Nicolas Besson ! BL